
Comment une chanson peut-elle encore faire danser 45 ans plus tard ? Dans un long entretien filmé à Atlanta pour l’émission Face à ECN d’Eric Christian NYA, Emile Kangue donne une réponse simple : le travail. Voici trois moments de cette conversation qui en disent long.
À l’époque, il n’y avait pas de conservatoire pour apprendre la musique. La première école de chant d’Emile, c’est la chorale où l’emmenait sa mère quand il était enfant. Puis viennent les grandes voix de la rumba congolaise, qu’il écoute sans relâche.
Pour la basse, même méthode : entre deux heures de cours, il allait écouter les morceaux en discothèque, retenait les notes de tête, puis revenait au bar les chercher sur l’instrument. Le tout en cachette de son père, qui voulait qu’il se consacre à l’école.
Le souvenir le plus étonnant date de l’enregistrement du groupe Black Styl à Paris, à la fin des années 1970. L’ingénieur du son demande les partitions. Il n’y en a pas : tout est dans la tête des musiciens. Le groupe joue alors le même morceau, puis le rejoue, quatre fois, à l’identique.
Le lendemain matin, le studio est rempli d’ingénieurs du son, venus constater par eux-mêmes ce que leur collègue leur avait raconté. Une belle leçon sur ce que permettent des heures de répétition, quand les mêmes chansons se jouaient plusieurs fois par soir dans les bars de Douala.
Pour Emile, une chanson ne s’improvise pas sous la douche : il faut des paroles, un message, puis une mélodie qui résonne avec le public. Dikom Lam La Moto en est l’exemple. Elle est née du récit d’une femme qui lui avait confié les difficultés de son couple. Emile la voyait comme un titre d’appoint ; elle est devenue l’un de ses plus grands succès, puis a été reprise par Charlotte Mbango.
Même idée pour Mun Ekwa, l’histoire d’un piroguier qui fait traverser la rivière à quelqu’un, avant que celui-ci ne repousse la pirogue du pied une fois arrivé. Le message d’Emile : ne soyez pas ingrats, car aucune situation n’est éternelle.
L’entretien dure environ une heure trente, ponctué de clips et de quelques passages a cappella. Il est à voir sur la chaîne YouTube d’Eric Christian NYA, que nous remercions pour cette belle conversation.
Et vous, quelle chanson d’Emile Kangue vous fait encore danser ? Et si vous rêvez de l’entendre en live, invitez-le sur votre scène.

Une lettre de temps en temps, directement de l’équipe d’Emile. Jamais de spam.